D'OLIVIER Michel

Catégorie: Portraits
Année : 1704

 

P.851

Âge du modèle : 34 ans

Huile sur toile
H. 81,5 : L. 65 cm
Collection particulière.

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1704 pour 400 livres [prix correspondant à deux effigies] (ms. 624, f° 23 : « M[onsieu]r et Mad[am]e d’Olivier ») ; Paris, collection d'Olivier jusqu'en 1724 ; legs à sa nièce, Louise Chauvelier de L'Huillerie (1689-1761) et à son époux, Jean-Baptiste Henri Pierre de La Rüe, seigneur du Can (1685-1760) ; par descendance directe aux actuels propriétaires au château de Champchevrier.

Bibliographie :

Roman, 1919, p. 109 [David I d’Ollivier et son épouse] ; Perreau, 2013, cat. *P.851, p. 186 [idem ; deux portraits séparés] ; James-Sarazin, 2016, II, cat. *P.898, p. 303 [un numéro pour « Monsieur et Madame d'Olivier » (2003/1, cat. I, n°738, David I d’Ollivier et son épouse en un seul numéro)]. 

Descriptif :

Roman, que nous avions suivi en 2013, évoquait la possibilité d'un nouveau portrait de David I d’Ollivier (1643-1722), échevin de Lyon, qui était déjà passé à deux reprises dans l'atelier de Rigaud en 1691 [*P.247] puis en 1703 [*P.799]. Cependant, nous émettions alors quelques réserves envers cette dentification car il n'existait à notre sens, aucun évènement ayant pu motiver ce modèle à solliciter une troisième effigie, un an après celle de 1703.

Notre redécouverte en octobre 2020 du portrait attesté par les archives familiales de Michel d'Olivier (v. 1670-1724), ancien conseiller secrétaire du Roi (1702-1709), « Trésorier de MM. les secrétaires du Roy et autres officiers des Grandes et Petites chancelleries »[1], permet d'abandonner l'hypothèse de Roman. L'homme, fils de Michel d'Olivier, bourgeois de la ville de Durtal en Anjou et de Barbe Livache, commença sa carrière comme diplomate auprès des princes allemands, notamment du Brandebourg. Il se mit alors sous la protection du ministre Colbert de Torcy ainsi que de certains membres de la maison de lorraine comme Louis de Lorraine (1641–1718), Comte d’Armagnac, grand écuyer de France, du prince de Lixtin, Charles de Lorraine mais aussi de l'épouse du prince de Monaco, née Marie de Lorraine (1674-1724).

De telles protections rendirent sans doute d'Olivier soucieux d'obtenir du peintre le plus cher de Paris un portrait. C'est sans doute pour commémorer sa récente union avec Jeanne Marie Regnault, dont les conditions furent fixées devant notaire le 6 janvier 1703 [2] que Michel d'Olivier commanda en 1704 son effigie et celui de son épouse. Représenté avec une main, ce qui justifie le prix unitaire de la toile à 200 livres, le modèle mourut le 24 mai 1724, en son hôtel parisien de Mongelas qu'il avait acheté le 29 avril 1709, moyennant 100 000 livres. Aujourd'hui, le bâtiment, qui jouxte l'hôtel de Guénegault, appartient à la fondation de la maison de la Chasse et de la Nature [3]. Olivier avait sa dernière nièce, Louise de Chauvellier (1689-1761), sa légataire universelle par testament olographe daté du 3 avril de la même année et, par extension au mari de cette dernière, Jean-Baptiste Henri Pierre de La Rüe, seigneur du Can (1685-1760), conseiller au présidial de La Flèche. Ce dernier lui succéda à l'hôtel de Mongelas et, ayant fait l'acquisition en 1728 du château de Champchevrier, appartenant précédemment au duc de Rauquelaure, légua lui-même à ses descendants les portraits de Rigaud en plus du sien.

Lors de son mariage, selon Claeys, Michel d'Olivier était à la tête d'une fortune de près de 350000 livres. Comme l'indiquait l'historien, son inventaire après décès mentionnait « 116 actions, 158 dixièmes d'actions et 234 billets de la Compagnie des Indes, 9823 livres en bijoux, 3672 livres en médailles d'or, environ 1017 livres en médailles d'argent et 25910 livres en vaisselle d'argent et jetons. Tableaux, bronzes et tables de marbres décoraient son hôtel du Marais » [4].

On y trouvera un grand nombre de meubles de prix, mais aussi un ensemble d'oeuvres d'art (trableau et bronzes), dont la prisée fut réalisée par André Tramblin, peintre et professeur à l'académie royale de peinture et de sulpture : 

Dans l’antichambre au rez de chaussée on voyait « un tableau ovale peint sur toile dans sa bordure de bois doré au dessus de la cheminée représentant un paysage », dans le cabinet contigu « quatre tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré posés au dessus des portes représentant les quatre éléments [...], un grand tableau peins sur toile avec sa bordure de bois doré représentant l’Hémorogie de l’évangile [la femme hémorragique], [...] deux groupes de bronze avec leur pieds de marqueterie représentant des enlèvements, [...] une figure de bronze représentant Apollon avec son pied de marqueterie, [...] deux figures de bronze avec leurs pieds d’Ebeine garni de bronze dont l’une représentant Vénus et l’autre Lantin [L'Antinoüs du Belvédère] » et « une figure équestre de bronze avec son pied d’Ebène garni de bronze ». Un autre cabinet en suivant révéla quant à lui « deux petits enfants et une bacchante de bronze avec leurs pieds d’Ebène garni de bronze, [...] deux tableaux peints sur toile posés sur les portes avec leurs bordures de bois doré dont l’un représentant Diane endormi et l’autre la déesse Flore, [...] deux petits portraits ovales peints sur toile au dessus des trumeaux, [...] trois tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré dont l’un représentant Coriolan, un autre la continence de Scipion et l’autre l’enlèvement des Sabines » et « un tableau peint sur bois avec sa bordure de bois doré représentant Saint Michel ». 

Trois groupes de deux vases « au dessus de la bibliothèque de plastre bondé » furent ensuite estimés trente livres dans un autre petit cabinet. Au premier étage, dans l’antichambre ayant vue sur le jardin, on nota « sept tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré dont deux ovales et cinq qu’aérés posés sur les portes et lambris, représentant des paysages architecturaux » et, dans la chambre qui suivait, plusieurs autres tableaux : « deux tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré au dessus des portes l’un représentant Diane et l’autre Apollon, [...] un grand tableau peint sur toile avec sa bordure de bois doré représentant la place Saint Marc de Venise» et « un tableau peint sur toile avec sa bordure de bois doré représentant un prince et une princesse ».

Dans un cabinet ensuite, se remarquaient « deux tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré dont l’un représentant Jupiter et Junon et l’autre l’enlèvement d’Europe, [...] deux portraits de femmes peints sur toile dans leur bordure ovale de bois doré, [...] un portrait d’un prince en armure peint sur toile avec sa bordure de bois doré » et « une grande bordure de bois doré sans tableaux ». Le cabinet en enfilade était décoré d'une table « de marbre blanc sculpté gravé a fond bleu et or avec son pied de bois doré », de « quatre petits tableaux peints sur bois un représentant des paysans dans leur bordure de bois doré » et d'un tableau « peint sur tableau au dessus de la porte dans sa bordure de bois doré représentant un paysage » accompagné d'un autre « portrait peint sur toile d’un homme en armure avec sa bordure de bois doré ».

Dans la garde-robe en retour ayant vue sur la cour, étaient conservés « quatre tableaux peints sur toile avec leur bordure de bois doré dons l’un représentant Ranaud et Hermide [sic], un autre Galathée, l’autre Baccus et Arianne et l’autre Diane au retour de la Chasse » tandis qu'un portrait d'homme à huit livres et « quatre tableaux peints sur toile avec leurs bordures de bois doré représentant différents animaux et ustensiles de cuisine » décoraient l’antichambre des appartements sur la rue.

Dans cabinet de toilette et les différentes pièces qui suivaient (autre cabinet, une chambre, une anti-chambre et la salle à manger au premier étage) on ne dénombra que 12 petits tableaux à sujets animaliers ou indéfinis, quatre portraits dont trois ovales, « un christ d’ivoire a fonds de velours dans sa bordure de bois doré avec les instruments de la passion » et « un tableau peint sur toile représentant une musique » représentant une estimation totale de 294 livres.

mise à jour : 20 octobre 2020 [de l'identité du modèle, de sa biographie et du portrait]


1. Thierry Claeys, Dictionnaire biographique des financiers en France au XVIIIe siècle, t. II, Paris, Kronos, 2011, p. 1770-1771. Il fut, au sein de l'administration de la trésorerie, payeur ancien triennal (1707-1719), alternatif mi-triennal (1717-1719), trésorier général ancien mi-triennal (1710-1719)alternatif mi-triennal (1717-1719) des augmentations de gages des secrétaires du roi.

2. Paris, archives nationales, minutier central, ét, LXVI, 305. Cité dans Paris et Ile de France, Mémoires publiées par la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Ile-de-France, Paris, 1996, p. 22.

3. Alexandre Gady, ‎Jean Pierre Jouve, Les hôtels de Guénégaud et de Mongelas : rendez-vous de chasse des Sommer au Marais, Citadelles, 2006, p. 151.

4. Paris, archives nationales, minutier central, ét, LXXXVIII, 488, 27 juin 1724 (codicil du 23 mai et dépôt du testament le 24 mai, ibid, LXXXVIII, 487). Cité par Claeys, p. 1771, note 10922.

 

 

 

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan