RIGAUD Hyacinthe

Catégorie: Autoportraits
Année : 1716

 

P.1249

Autoportrait dit « à la palette »

Âge du modèle : 57 ans

Huile sur toile
H. 80 ; L. 64 cm.
Florence, Galerie des Offices. Corridore Vasari. Inv. 1857 - A759

Sign. v° : « Fait par Hyacinthe Rigaud à Paris, 1716. Le Comte Bardi ».

Historique :

Absent des livres de comptes ; une première version fut peinte en 1706 pour la galerie de portraits du duc Comes III de Médicis. Le bateau qui la transportait à Florence fit naufrage et Rigaud refit son autoportrait à l’identique en 1716 ; Florence, coll. Médicis (Coridore Vasari, milieu du Ponte Vecchio, côté droit Nord-Ouest).

Bibliographie :

Rigaud, 1716, p. 122 ; Müntz, 1875, p. 227-232 ; Roman, 1919, p. 182 ; Colomer, 1973 ; cat. Firenze, 1945, n° 46 ; cat. Londres, 1968, n° 580 ; cat. Firenze, 1977, n° 11 ; cat. Palazzo Pitti, p. 109, n° 474 ; Perreau, 2004, p. 144-146 ; James-Sarazin, 2009/1, p. 98, n° 12 (partie) ; Perreau, 2013, cat. P.1249, p. 251.

Expositions :

Florence, 1945 ; Londres, 1968 ; Florence, 1977

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud. H. 39 ; L. 28 cm. Vente Milan, Sotheby’s, 18 mai 2004, lot 475. Ancienne collection romaine (piazza Farnese). La toile reprend le visage de face de Rigaud dans un traitement singulièrement peu soigné. Importante bordure de style romain.
  • 2. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 77 ; L. 63,8 cm. Collection particulière (vente Londres, Bonhams Knightbridge, 20 avril 2009, lot 9).
  • 3. Huile sur toile inachevée et probablement recoupée. H. 53 ; L. 43 cm. Vente Paris, Hôtel Drouot (Pescheteau-Badin-Godeau & Leroy), 19 juin 2002, n° 47, repr. Il s’agit d’une variante inachevée, relativement simplifiée mais présentant un drapé rouge absent de l’original. Il pourrait s’agir de la mention du catalogue de la vente Collin de Vermont en 1771 (fol. 12) : « 83 – Le Portrait de M. Rigaud non fini, peint par lui-même dans sa jeunesse. »
  • 4. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 75,5 ; L. 60,3 cm. Collection particulière (vente Londres, Christie’s South Kensington, 25 mai 2000, lot 483).
  • 5. Huile sur toile d’après Rigaud Baltimore, the Walters Art Museum. Inv. 777.
  • 6. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 80 ; L. 63 cm. Clermont-Ferrand, musée d’art Roger-Quillot. Inv. 861.104.1.
  • 7. Huile sur toile, suiveur de Rigaud, H. 77 ; L. 65,5 cm. Loc. inc. (vente Paris, hôtel Drouot, Tajan, 23 février 1998, lot 110).
  • 8. Miniature ovale, suiveur de Rigaud [marouflée du panneau d’acajou], H. 6,5 ; L. 5,25 cm. Paris, commerce d’art (coll. Calmann ; vente Paris, Hôtel George V, 14 avril 1988, lot 66 ; vente Paris, Drouot-Binoche, 23 mai 2000, lot 1).
  • 9. Gravé par P. A. Pazzi, v. 1740.

Copies et travaux :

  • 1716 : La Penaye reçoit 12 livres pour avoir fait « un habillement d’après le portrait de M[onsieu]r Rigaud » (ms. 625, f°31 v°).

 

La genèse de l'Autoportrait à la palette est assez bien connue, relayée par plusieurs lettres échangées entre Rigaud et son commanditaire, le duc Cosimo III de Medicis. Pour parfaire sa galerie des peintres illustres européens, et tout comme Largillierre et De Troy, le duc avait sollicité Rigaud dès 1706 et obtenu une réponse favorable de l'artiste le 29 août de la même année. Le portrait semble avoir été envoyé mais, dans une lettre adressée par le peintre au duc le 29 décembre 1716, on sait qu'il disparut dans le naufrage du bateau qui le livrait en Italie. Rigaud en fit donc une réplique autographe, avec l'aide de La Penaye pour le vêtement, qu'il accompagna de sa biographie, rédigée par son ami Hendrick Van Hulst. Comme pour ses autres autoportraits, et ici plus particulièrement pour marquer les faveurs qu'il avait obtenu de Louis XV, Rigaud présenta sur le chevalet de fond, une esquisse d'une de ses compositions à succès : ici le portrait du jeune Louis XV dans sa version « armée » dont une réplique en buste avait également été commandée par Comes III et est aujourd'hui conservée au palais Pitti de Florence [P.1247-14].

Cosimo III fut satisfait de l’autoportrait et fit présent au peintre de deux groupes sculptés en bronze de Giovanni Battista Foggini (Victoria & Albert Museum de Londres). Rigaud, dans une lettre adressée au duc génois le 27 juin 1717 (Archivio Mediceo. carteggio di Cosimo III. Filza 113), le remercia vivement de ce cadeau :

« […] Je prens la liberté d’écrire à Vostre Altesse Royale pour luy rendre compte du présent qu’Elle vient de me faire des deux groupes de bronze, que M[onsieu]r le marquis Corsiny, son ministre auprès du Roy, m’a envoyé de sa part. L’un représente Apollon qui écorche le satire Marsis, et l’autre Mercure qui attache Promethée au rocher pour estre dévoré par un vautour ; ils sont, Monseigneur, d’une admirable composition, et fort artistement travaillez ; […] j’ay fait graver sur les deux grouppes de bronze le nom illustre de Vostre Altesse Royale affin que ceux qui les posséderont apréz moy apprennent par ces caractères imprimez dans l’airain le don que j’ay eu l’honneur de recevoir d’un Prince si magnifique […] » 

L'inscription figure toujours au dos du piètement du groupe figurant Apollon et le satire : « Donné par Cosme III de Médicis Grand Duc de Toscane à M. Rigaud en 1716 ». 

Rigaud offrit également une réplique de son portrait au médecin lyonnais Chauvin, probablement celle passée dans la vente parisienne Choiseul-Praslin du 19 mai 1808 sous le lot 29 : « le portrait de cet artiste par lui-même. Il s’est représenté à mi-corps, dans un costume pittoresque, tenant sa Palette et ses Pinceaux. On lit derrière, qu’il en a fait l’hommage à son ami M. Chauvin, médecin ordinaire du roi. Vendu à Paillet pour 143 francs » (Huile sur toile, H. 30 ; L. 24 cm.Voir Benjamin Perronet et Burton B. Fredeicksen, Répertoire des tableaux vendus en France au XIXe siècle, The Getty information Institut, 1998, vol. 1, t. II, p. 915).

Élisabeth de Gouy semble avoir porté un bracelet orné d’un portrait de Rigaud, légué ensuite à la veuve de Jean Ranc comme l’atteste une clause récurrente des testaments de l’artiste : « Prie encor ledit sieur testateur la dite Dame son épouse de vouloir bien par une suite de la considération et de lamitié quelle luy a toujours témoignée laisser après le deceds de lad Dame le brasselet quelle porte à son bras du portrait dudit sieur testateur peint en émail enchassé dans sa boite d’or à la dite dame veuve Ranc nièce dusit sieur testateur afin que lad dame Ranc le porte à son bras comme lad dame sa tante fait actuellement ». Du fait de sa taille, il est peu crédible que la miniature ait été celle de l’ancienne collection Calman. L’artiste était peu friant de cette technique. En 1721, il tentait ainsi de dissuader Gaspard de Gueidan de faire reproduire son portrait en émail, pour le faire servir à l’ornement d’un joyau (Gibert, 1890, p. 299) : « l’émail étant fragile et sujet à se briser si on le laisse tomber, ainsi que sa femme à lui en a eu l’expérience. […] il se raye aisément ; on peut, il est vrai, parer à ce dernier inconvéniant en appliquant par dessus un cristal, mais on ne distingue plus dès lors si la peinture est exécutée en émail ou simplement en imitation. Tout bien considéré, une miniature cependant serait préférable, celle-ci ne coûtant que 5 pistoles, tandis qu’un émail reviendrait à 400 ou 500 livres. Le montage en bracelet, y compris la façon, n’atteindrait pas au-delà de 70 à 80 livres ».

Un portrait d’homme âgé donné comme effigie possible de Rigaud car reprenant la posture en buste et le vêtement (sans attributs cependant) est passé en vente Sotheby’s à Londres, le 4 juillet 1990, sous le lot 109 (Huile sur toile ovale, H. 65 ; L. 55 cm).

Localisation de l´œuvre :

FLorence, Galerie des Offices, Italy

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan