LA NATIVITÉ

Catégorie: Peinture d'histoire
Année : 1687

 

P.126

Huile sur toile (modello).
H. 31 ; L. 24,5.
Rennes, musée des Beaux-arts. Inv. 1998.9.11.

Inscription sur le châssis : « H. Rigaud »

Historique :

Collection de Charles Henri, comte de Hoym ; sa vente 26 avril 1758, n° 13, [« une nativité de Rigaud, vendue 12 livres à lord Ashbumham »] ; collection Théophile Thoré-Bürger (1807-1869) ; sa vente Paris, hôtel Drouot, 5 décembre 1892 ; vente Paris, hôtel Drouot, 18 avril 1991, lot 78 ; coll. part ; acquis par le musée en 1998.

Bibliographie :

Mariette, 1740-1770, III, f° 39, M. D. n° 83 ; ibid., VII, fol. 109 v° ; Hulst/3, p. 170 ; Dezallier d’Argenville, 1745, p. 411 (« une nativité, en petit, gravée par Drevet ») ; Pichon, 1880, p. 236 ; Gallenkamp, 1956, p. 22 ; Colomer, 1973, p. 6 ; cat. Rennes, 1995, n° 56, p. 118 ; Perreau, 2004, p. 51-52 ; Levallois-Clavel, 2005, I, 60, 76, 135, 183 ; ibid. II, p. 21, cat. P. Dr. n° 5 ; James-Sarazin, 2009/1, cit. p. 174 (partie du n° 112) ; James-Sarazin, 2009/2, p. 53-54, 84 ; Perreau, 2013, cat. P.126, p. 76 ; James-Sarazin, 2016, II, cat. P.NP.2, p. 573-574 ; Perreau, « Une nouvelle version de la Nativité par Rigaud », [en ligne], 12 avril 2016, http://hyacinthe-rigaud.over-blog.com/2017/04/une-nouvelle-version-la-nativite-d-apres-hyacinthe-rigaud.html

Exposition :

1995, Rennes, n°56, p. 118, repr.

Œuvres en rapport :

  • 1a. Gravé par Pierre Drevet en 1696 (tiré vers 1703) d’après Rigaud. H. 36,8 ; L. 24,9 (composition cintrée). Dans le cadre, à gauche : « H. Rigaud pinx. » ; à droite : « Drevet excu. [sic] ». Sous le trait carré, au centre : Et Verbum Caro factum est ; et habitavit in nobis / Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ». Au dessous, à gauche : « A Paris chez P. Drevet rue St Jacques » ; à droite : « a l’Annonciation avec privil. du Roy ».
  • 1b. Gravé par G. Kilian, 1713. La composition, dans le même sens que Drevet, est enchassée dans une bordure portant cartouche par haut et par bas. Dans celui du haut : « ET VERBUM CARO, FACTUM EST, ET HABITAVIT, IN NOBIS, Ioh, 1, V, 14 ». Dans le grand cartouche, en bas de la composition : « Reverendissimo, Prænobili ac Amplissimo Domino / D. OTTONI / Celeberrimi Monasterÿ Prislingensis Exempæ Congregassiis Benedictino Bavariæ Abbati Digmo Vivilmo etc. / Verbus ad Te Revme et Amplme Dñe Præsul ! et guide Verbus pacificus sub carne celatu, ic… Disputubustur Paesidente P. F. Alexandre Hersth Prd. Min. S ; Franc ? Convert de Herbipoli Phil. Lect Ordin […] Reverendissimo, Praenobili ac [...] Die Mensis Septembr: A°. 1713. » Sous le trait carré, en bas, de part et d’autre du grand cartouche : « H. Rigaud pinx – Georg Killian sculpsit et excud. Aug. Vind. ». Braunschweig, Herzog Anton Ulrich-Museum, inv. GKilian AB 1.54.
  • 2. Pierre-François Lhermitais (1704-1779) d'après Rigaud et Drevet, 1756. Huile sur toile, H. 2,60 ; L. 1,50 m (environ). Spezet, église Saint-Pierre et Saint Paul, v. 1754-55.  Voir Maud Hamoury, La peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses universitaires de Rennes, 2010, n°815. Nous remercions Cécile Oulhen, conservatrice des monuments historiques à la Drac Bretagne pour la communication des renseignements concernant le tableau de Spezet.
  • 3. Huile sur toile, début du XVIIIe siècle. Église paroissiale de protestants Saint-Mathieu de Colmar, comme faisant partie d'un ensemble de 50 peintures décorant la balustrade et la tribune (Inv. MH PM68000447).
  • 4. Anonyme français du XIXe siècle. Huile sur toile en tondo, H. 1,46 ; L. 1,85. Châlon-sur-Saône, hôpital Saint Laurent. Copie assez médiocre avec quelques variantes et sans la majorité du décor. La scène est circonscrite aux principaux personnages.
  • 5. Anonyme français du XVIIIe siècle. Huile sur toile, H. 3,94 ; L. 2,93 m. Rodez, cathédrale. Inv. SVOM 2460. Anciennement considérée comme copie d'après Van Loo.

Hulst et Mariette indiquent : « Rigaud exécuta ce sujet d’histoire en petit, vers la fin de l’année 1687, dans le temps que quelques membres de l’Académie parurent vouloir faire difficulté de la recevoir autrement que comme peintre de portraits. Cette difficulté fut poussée plus loin par la suite et ne fut levée pleinement que treize ans après, au commencement de 1700. »

Un second tirage de l’estampe fut réalisé après Noël 1702, date à laquelle Pierre Drevet emménage rue Saint Jacques à « l’Annonciation » et deux ans après la réception de Rigaud à l’Académie. Il y a de fortes chances pour que la toile de Rennes puisse être celle que l’on retrouve dans l’inventaire après décès de Pierre-Imbert Drevet en 1739 et qui fait état d’un « tableau peint sur toile, représentant une Adoration des Bergers, peinte d’après M. Rigaud » et qui aurait probablement servi à Drevet père pour confectionner son burin (Arch. Nat., minutier central, étude LX, n°266 ; Weigert, 1938, pp. 231). Son aspect esquissé, brossé avec vigueur, ne laissant que peu de place à la finition permet peut-être d’avancer cette hypothèse. D’ailleurs, le cuivre original et dix-sept épreuves de l’estampe furent adjugés quarante-huit livres à la vente de Claude Drevet en 1782 (p. 24, n°268).

Si certains y on vu le modello d’un projet perdu et sans doute plus vaste, nous pensons donc que cette Nativité ou Adoration des bergers n’est pas le témoignage d’une technique assez inhabituelle chez Rigaud selon laquelle, en fin observateur de la nature, il aurait eu « besoin d’une étude préalable à sa pensée définitive » (James Sarazin). Comme ses prédécesseurs hollandais, Rigaud suit la tradition en plaçant son sujet au centre de la composition, d’où émane toute la lumière quasi mystique du sujet. Il appuie également la rusticité de la scène et l’humilité de la naissance du Christ par la composition d’une étable dans laquelle la Vierge et Saint Joseph se sont momentanément arrêtés. Priant aux côtés de l’enfant, ils sont accompagnés dans leur « extase » par des bergers dont un, debout à droite (plutôt un apôtre ?), manifeste sa soumission à la divine naissance par un regard extatique vers une nuée d’angelots qui apparaît en haut de la composition. Toute la scène est circonscrite dans un espace très restreint ce qui renforce l’aspect champêtre et réaliste de l’évènement. Probablement coupée, la composition peinte ne laisse pas entrevoir le rocher du premier plan, présent dans la gravure de Drevet. De même, un bœuf apparaît sous le râtelier…

À Rodez, l’artiste anonyme a davantage suivi l’estampe de Drevet. Si, là encore, les couleurs ne sont pas toutes celles de l’esquisse de Rennes, on retrouve dans la toile tous les détails de la gravure. Initialement attribuée dans sa notice extraite du dossier « objet mobilier » de la cathédrale à un membre de la famille Van Loo le tableau fut plus sûrement relié à Rigaud lors de sa restauration en 1997, comme nous l’a aimablement confirmé Ariane Dor, conservatrice du patrimoine à la Drac Occitanie.

Madame Dor nous a également confié le sentiment que nous avions eu lors de notre visite de la cathédrale, à savoir que cette Nativité avait probablement été réalisée au XVIIIe siècle pour un couvent de la ville, détruit à la Révolution, et faisant partie d’une série d’au moins neuf tableaux représentant des scènes de la vie du Christ, de dimensions similaires et toutes encadrées de façon semblable. Fruits d’une possible commande, cette série comprenait des copies de compositions célèbres tels Le retour d'Egypte d'après Rubens, Jésus guérissant l'aveugle de Jéricho d'après Eustache Le Sueur, le Christ servi par les anges et la Sainte famille ou le bénédicité d'après Le Brun, le Baptême du Christ d'après Mignard, La résurrection de la fille de Jaïre et une autre scène non identifiée.

Localisation de l´œuvre :

Rennes, musée des Beaux-arts, France

Website: www.mbar.org/

Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan