LOUIS XV

Catégorie: Portraits
Année : 1721

 

P.1287

Âge du modèle : 11 ans

Huile sur toile
H. 182,5 ; L. 125.
Madrid, Palacio Real. Patrimonio Nacional. Inv. 10003072

Sign. v° : « fait par Hyacynthe Rigaud 1721 ».

Historique :

Paiement inscrit aux livres de comptes en 1721 pour 8000 livres (ms. 624, f° 40 : « Le Roy en pied pour le Roy d’Espagne ») ; Madrid, Palais San Ildefonso, ancienne collection de Philippe V, 1746 [« n° 552. Retrato de Luis 15/del/Rl. Sitio de Sn. Ildefonso »] ; Inv. San Ildefonso, 1794, n° 552 ; Exposé dans le salon jaune de l’appartement d’Alphonse XIII (en 1991).

Bibliographie :

Anselme, 1726, I pp. 161-182 ; Hulst/3, p. 193 ; Mariette, 1740-1770, III, f°, 46 v°, n°33 ; Paignon-Dijonval, 1810, 7466 ; Michaud, 1843-1857, XXV, pp. 213-222 ; Le Blanc, 1856, II, P-I.Dr. n°27 ; Barbier, 1866, t. I, vol. I, p. 383 ; Lecoy de La Marche, 1874, p. 173-174 ; Firmin-Didot, 1876, P. Dr., n°59 ; Firmin-Didot, 1875-1877, P. Dr., n°438 ; Portalis et Béraldi, 1881, II, p. 22 n°57 ; Engerand, 1900 & Archives nationales K 139, n°9 ; Mireur, 1910, II, p. 533, 539-540 ; Thieme & Becker, 1913, IX, p. 560, XXVIII, pp. 349-351 ; Soulange-Bodin, 1914, pp. 6-49 ; Roman, 1919, p. 191, 192 ; Audin et Vial, 1919, p. 287 ; Maumené & d’Harcourt, 1931, XVI, p. 297 ; Colomer, 1721, p. 24-25 ; IFFXVIIIe , VII, P. Dr., n°83 ; Métivier, 1994 ; Constans, 1995, p. 755, n°4260, p. 758 n°4276 ; Thieme & Becker-Saur, 2001, XXIX, p. 409 ; Perreau, 2004, p. 106, 108, repr. fig. 77 ; Levallois-Clavel, 2005, I, p 170, 201 ; Ibid. II, cat. P. Dr. n°22 ; Giusti, 2006, p. 78, 79, n° 16 ; Perreau, « Charles Sevin de La Penaye, dernier aide d’Hyacinthe Rigaud », [en ligne], 8 novembre 2012, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com ; Perreau, 2013, cat. P.1287, p. 261-262 ; Perreau, 2015,  El retrato en las collectiones Reales, Hyacinthe Rigaud au Palacio Real de Madrid, www.hyacinthe-rigaud.over-blog.com.

Expositions :

Madrid, 2002 - 2003, n°III, p. 34, repr. p. 493 ; Madrid, 4 Décembre 2014 – 19 avril 2015

Œuvres en rapport :

  • 1. Huile sur toile d’après Rigaud (à mi-corps). H. 75 ; L. 60. Vente Paris, (Aguttes- Artcurial-Briest), 6 juin 2002, lot 34, repr. (vendu 17000 euros). Reproduit. Donné par le roi à son précepteur Monseigneur d’Osmond ; passé par héritage à la famille de Saint-James au château de Bajen dans le Comminges ; Légué à sa mort en 1840 à sa filleule Ovide de Saint-James au château de Martres-de-Rivière où il est resté jusqu’à sa vente.
  • 2. Huile sur toile, suiveur de Rigaud (var. ; La Penaye ?), H. 95,5 ; L.  75 cm. Coll part. (don Louis XV à la famille Jouffroy d’Abbans [selon les anciens propriétaires] ; vente Paris, hôtel Drouot, Artemisia Auction, 19 octobre 2012, lot 60).
  • 3a. Gravé par Pierre Drevet en 1721, à mi-corps dans un ovale en contrepartie de la toile originale, buste tourné légèrement vers la droite, la tête et le regard vers la gauche. H. 45 ; L. 34,4. Sur le pourtour de l’ovale : « ludovicus XV. franciae et navarrae rex christianissimus » ; au-dessous, dans la bordure de l’ovale, de part et d’autre d’une composition aux armes : « offerebat claudius//franciscus de monnier » ; sur la face du socle : à gauche, « Hacints. Rigaud pinx. » ; à dr. : « Petrs. Drevet Sculp. » Hulst et Mme Levallois-Clavel après lui, confondaient cette estampe avec l’effigie du premier portrait de Louis XV, daté de 1715 en pensant que Rigaud avait imaginé une nouvelle attitude sur un visage ancien. Il datait d’ailleurs l’estampe de 1724 : « demi-figure. La tête d’après le tableau en pied commencé en 1715. L’attitude et l’habillement composés exprès pour l’ouverture de l’ovale qui renferme le portrait »..
  • 3b. Gravé par Nicolas IV Larmessin, 1720 (buste, var.).

Copies et travaux :

  • 1721 : « Un buste de Louis quinze » pour 300 livres (ms. 624, f°41).
  • 1721 : « Autre buste de Louis quinze » pour 300 livres (ms. 624, f°41).
  • 1721 : « Une tête de Louis 15 » par La Penaye pour 20 livres (ms. 625, f°34).
  • 1721 : « Un buste de Louis 15 » par La Penaye pour 40 livres (ms. 625, f°34).
  • 1721 : « Un autre buste de Louis 15 sur une toille de trente sols » par La Penaye pour 40 livres (ms. 625, f°34).

Second portrait en pied de Louis XV après un premier exécuté en 1715 et avant un troisième en 1729.

Au terme de la courte guerre de la Quadruple-Alliance, lors de laquelle la France avait mené une campagne éclair contre les prétentions de Philippe V à succéder à un Louis XV dit maladif, les deux nations avaient en effet choisi de s’unir. On débuta l’année suivante des tractations pour marier le jeune roi de France à Marie Anne Victoire de Bourbon, l’une des filles du roi d’Espagne. À la suite de l’accord signé le 1er avril 1721, le Régent écrit à son cousin Philippe V : « Je n’ai jamais reçu aucune nouvelle qui m’ait causé autant de joie ». Le traité de Paris, signé le 22 novembre 1722, fixa les fiançailles royales et projeta également l’union de deux fils d’Espagne avec des filles du Régent. Le prince des Asturies, devait ainsi convoler avec Louise Élisabeth, duchesse de Montpensier [1] et le futur Charles III avec Mademoiselle de Beaujolais. Cet épisode politique donna lieu à un échange de portraits commandés par Philippe V et à la production d’effigies particulièrement délicates de l’infante d’Espagne, alors envoyée à Paris pour rencontrer son royal époux [2]. Alexis Simon Belle, Nicolas de Largillierre ou François de Troy, tous mirent leurs talents à magnifier la jeune infante. Hyacinthe Rigaud, lui, livra la majestueuse effigie [3]. L’annulation rapide du mariage mit cependant fin à la popularité des images nouvellement créées et les toiles peintes à Paris repartirent à Madrid.

Ce choix de Rigaud pour le nouveau Louis XV n’était pas, une fois de plus, le fruit du hasard. Le commanditaire connaissait fort bien l’artiste pour avoir posé pour lui dès 1701. S’il n’avait jamais vu la toile définitive, destinée à rester à Versailles, le monarque avait néanmoins commandé nombre de copies à l’atelier parisien [4]. Philippe V gardait de cette époque précédant son départ pour l’Espagne une certaine nostalgie des artistes français et voyait probablement dans les œuvres créées par le peintre, les archétypes d’une majesté royale idéale. Il avait bien tenté de faire venir Rigaud à Madrid ou, à défaut Largillierre ou de Troy, mais s’était contenté du neveu du Catalan, Jean Ranc, qui arriva à l’automne 1722. Avec son parent, Rigaud assurait cependant la diffusion habile de son enseignement [5].

De son côté, le maître connaissait bien Louis XV pour l’avoir peint une première fois en septembre 1715, à la demande du Régent. Dezallier d’Argenville louait encore au milieu du XVIIIe siècle la prouesse de la commande : « Au commencement du règne de Louis XV, le Duc d’Orléans régent, le choisit pour aller à Vincennes peindre Sa Majesté de la même grandeur que Louis XIV : ces portraits sont en grand & très historiés ; le dessein, le coloris, des draperies magnifiques, égalent l’intelligence & la belle touche qui s’y remarquent[6]. » Ce portrait, celui d’un enfant de cinq ans venu au trône par la mort de son arrière-grand-père, eut un vibrant succès lors de sa présentation à la cour le 7 juin 1717 : « on le porta, le 10, à Sa Majesté, qui parut fort aise de le trouver dans son cabinet parce qu’il est très beau et très ressemblant » nous avoua le Nouveau Mercure. La composition, toute de fluidité et de virtuosité ne fut jamais détrônée par ses concurrentes [7].

En 1721, il n’était plus question de figurer un enfant, assis dans son petit trône. Bien que précocement travesti en monarque absolu, il accusait en effet tout le poids de la lourde tâche qui lui incombait déjà par la démesure de l’imposant manteau fleudelysé. Louis XV avait déjà d’ailleurs physiquement changé et il n’était pas question d’envoyer en Espagne le visage poupin d’un roi. Rigaud choisit donc de le représenter debout, hors du fauteuil dans lequel il était assis en 1715. L’estrade disparut et le coussin, sur lequel le monarque posait jadis les pieds pour paraître moins petit, se retrouva posé sur la table, discrètement caché par un brocard d’or. La couronne que l’on voyait au second plan, tapie dans l’ombre, s’afficha désormais au yeux de tous. Avec le sceptre, le collet orné du collier de l’ordre du Saint Esprit, la main de justice et le manteau doublé d’hermine, le joyau fut remis à Rigaud par le prieur de l’abbaye de Saint-Denis, afin que la composition soit parfaite[8]. L’opération sera d’ailleurs renouvelée en 1729 lorsque Louis XV sollicitera à nouveau le peintre pour un énième portrait dont la tête fut esquissée dès 1727[9].

Pour cette nouvelle effigie royale, Rigaud inaugura ou réutilisa certaines postures : la main gauche, tenant le manteau, allait se retrouver avec menues variantes dans le portrait du duc de Montfort (1722)[10] et, surtout dans celui du comte Sinzendorf (1729) dont le graveur et protégé de Rigaud tirera une belle étude de main [11]. La main droite tenant le sceptre de ses doigts graciles imite celles cueillant des fleurs de la présumée Madame Passerat (1699)[12] ou de Madame Legendre (1701)[13].

On ne possède par contre que peu de témoignages sur la genèse du second portrait de Louis XV en grand costume royal. Tout au plus peut-on imaginer qu’il procéda de la même façon que pour les précédents, le monarque n’ayant probablement, comme Louis XIV, que peu de temps à consacrer au portraitiste[14]. En imaginant un nouveau décorum, légèrement inspiré du premier tableau de 1715 (il plaçait une fois de plus le jeune roi sous un dais de rideau et dans une alcôve), Hyacinthe Rigaud exigea 8000 livres, soit le même prix qu’en 1715[15]. Philippe V paya la somme en adressant une lettre de change du même montant à son ambassadeur à Paris, Dom Patricio Laulès (1676-1739)[16]. Il en profita d’ailleurs pour passer commande d’une copie du Louis XIV en costume royal valant 4000 livres (ms. 624, f°40 v° : « Une grande copie en pied du feu Roy pour le Roy d’Espagne »)[17] et une autre, de 1000 livres, représentant son père, le Grand Dauphin[18].

Publiant pour la première fois les livres de comptes de l’artiste conservés à l’Institut de France, Joseph Roman ne fut pourtant pas intrigué par la mention inscrite au folio 40 du manuscrit 624 de la bibliothèque de l’Institut de France. Il la laissa vierge d’identification et de localisation. Pour sa décharge, il est vrai que ce tableau madrilène était très peu connu des français. Obsolète par l’annulation du mariage de Louis XV, il n’avait presque pas donné lieu à des copies peintes. On sait, par une lettre datée du 13 mai 1721 envoyée par Charles-François Poerson, directeur de l’Académie de France à Rome, au duc d’Antin, surintendant des bâtiments, qu'une réplique en pied avait néanmoins été réalisée, malgré son absence des livres de comptes [26] : « M. le cardinal de Rohan, qui se dit bien des amis de V[otre]. G[randeur]. a apporté un grand portrait du Roy d’après M. Rigault, outre le petit d’après la signora Rosalba, que l’on dit plus ressemblant que le premier. » Le nettoyage de la couche picturale mit particulièrement en valeur la signature autographe de l'artiste sur le devant du portrait, en bas près de la table.

En cette même année 1721, les comptes de l’artiste ne gardent le souvenir que de deux réductions en buste d’une valeur de 300 livres chacune. L’une d’elle est sans doute à identifier dans la toile réapparue sur le marché de l’art parisien en 2002[19]. Plus récemment, en octobre 2012, un arrangement par Charles Sevin de La Penaye (1685-1740), le dernier aide d’atelier de Rigaud, fut cédé à un collectionneur privé. Il utilisait le nouveau visage du monarque dans une attitude « armée », créée en 1715 pour les adaptation en buste du premier portrait. Si les copies de ce second tableau ne semblent donc pas avoir circulé, l’estampe s’empara de l’image. Pierre Drevet, ami et fidèle transcripteur des œuvres de Rigaud, fut ainsi chargé en 1721 de transposer la composition au burin, à mi-corps dans un ovale et en contrepartie de la toile originale. Hendrick von Hulst, biographe de Rigaud et historiographe de l’Académie Royale, avait toutefois confondu cette estampe avec le premier portrait de Louis XV. Il pensait que le Catalan avait imaginé une nouvelle attitude sur un visage ancien alors qu’il s’agit bien de la transposition exacte du tableau madrilène. D’ailleurs, deux ans plus tard et n’ayant pas la composition entière sous les yeux, Drevet livra une autre estampe, de grand format cette fois, destinée au cabinet du roi. Entamée en 1719, elle reprit le décorum du portrait de 1715 mais en y adaptant le visage de 1721[20].


[1] Voir son portrait par Jean Ranc (Madrid, musée du Prado. P2332). L’œuvre est inachevée du fait du retour du modèle à Paris, en 1725, après la mort subite de Luis Ier.

[2] Sur les circonstances de ces échanges voir Bottineau, 1996, pp. 343-355.

[3] Perreau, 2004, 106, 108.

[4] Roman, 1919, p. 84, 85, 89, 90, 91, 95, 96, 97, 98, 105, 140, 143. Les comptes consacrent un article spécial aux copies du portrait de Philippe V avec pas moins de 28 exemplaires de grand format en 1701, cinq bustes, sept têtes et une copie « avec deux mains ».

[5] Au décès de Ranc, le maître fut à nouveau approché et conseilla l’emploi de Jean-Baptiste Van Loo, fils de son ami Jean-Baptiste, dont la virtuosité des drapés et des couleurs avait déjà conquis l’Italie et la France.

[6] Dezallier d’Argenville, op. cit., p. 315.

[7] Y compris cette que Jean Ranc fut amené à réaliser en 1719 (huile sur toile, 226 x 168 cm. Versailles, musée national du château, MV4386, iv. 9366).

[8] Lettre de cachet du 26 mai 1721. Paris, archives nationales, K 139, n° 5 et 9.

[9] « Le roy, en pié et debout ; la tête faite en 1727… 15000 livres ». Roman, op. cit., p. 205. Perreau, 2013, cat. P.1356, p. 280.

[10] Château de Dampierre (Perreau, 2013, cat. P.1307, p. 266).

[11] Perreau, 2013, op. cit., cat. P.1357, p. 280-281.

[12] Ibid. cat. PC.626, p. 148.

[13] Ibid. cat. *PC.709, p. 163.

[14] On connaît pour le troisième portrait de Louis XV, deux dessins préparatoires aux drapés de la colonne (Besançon, musée des beaux-arts, inv. D.1708) et aux mains (Paris, musée du Louvre, inv. 32723).

[15] 1721 : « Le Roy en pied pour le Roy d’Espagne… 8000 l[ivres] t ». Roman, 1919, p. 191.

[16] Bottineau, 1992, p. 342. D’origine irlandaise, chevalier de l’ordre d’Alcántara, Patrick Lilesh avait hispanisé son patronyme en « Don Patricio Laulès Briaen », en devenant ambassadeur d’Espagne en France en avril 1720. Il commanda à Rigaud, la même année 1721, un vaste portrait valant 1000 livres et aujourd’hui non localisé (Perreau, 2013, cat. *P.1288).

[17] Roman, p. 192.

[18] Madrid, Palais Royal, Patrimonio Nacional - Inv. 10006875. Roman, Ibid. L’œuvre originale fut peinte en 1697.

[19] Montaiglon & Guiffrey, 1887-1912, t. I, VII, VIII, p. 39.

[20] La pastelliste Rosalba Carriera était à Paris depuis 1720. Elle rendit notamment visite à Jean Ranc, François de Troy, Largillierre et à Rigaud qui lui fit cadeau « de ses portraits gravés jusqu’au n°39 ». Il reçut en échange deux pastels (Sensier, 1865, p. 284.).

[21] Perreau, 2013, cat. P.1287-1, ill. p. 261. Huile sur toile, 75 x 60 cm. Vente Paris, (Aguttes-Artcurial-Briest), 6 juin 2002, lot 34, reproduit. La réduction avait été donnée par le roi à son précepteur Monseigneur d’Osmond puis était passée par héritage à la famille de Saint-James au château de Bajen dans le Comminges. Léguée à sa mort en 1840 à sa filleule Ovide de Saint-James au château de Martres-de-Rivière, elle fut conservée en ce lieu jusqu’à sa vente.

[22] Perreau, 2013, cat. P.1287-2, p. 261. La Penaye fut payé 40 pour cette toile (« un autre buste de Louis 15 sur une toille de trente sols »), ainsi que 20 et 40 livres pour une tête et un second buste (Roman, op. cit., p. 192).

[24] Levallois-Clavel, I, p 170, 201 ; Ibid. II, cat. P. Dr. n°22.

Localisation de l´œuvre :

Madrid, Palais Royal, Spain

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan