ANONYMES

Catégorie: Portraits
Année : 1710

 

P.sup.54

Huile sur toile
H. 133,5 ; L. 95,3 cm
Nantes, musée des Beaux-arts. Inv. 996.4.1.P

Historique :

Peint vers 1710 ? ; Collection particulière ; Achat à la Galerie Weiller acheté avec la participation du FRAM en 1996.

Bibliographie :

cat. exp. gal Heim, 1991, p.12-13 ; cat. exp. Visages du Grand Siècle, 1997-1998, p. 131, n°106, et p.252-253 ; cat. exp. Niigata, 2002, p. 150 n° 7, reprod. en coul. p. 52 ; Claire Gérin-Pierre, Catalogue des peintures françaises XVIe-XVIIIe siècle. - Nantes/Paris : Musée des Beaux-Arts/Réunion des Musées nationaux, 2005, p. 71, cat. n° 60 ; « Conservateur... ou médiateur? » in Patrimoines, revue de l'Institut national du patrimoine, n°6, 2010 / Coquery (Emmanuel), Paris, RMN, 2010 ; Paris, Institut national du patrimoine, p. 50; reprod. en coul. p. 52 ; Cat. Exp. Paris, Galerie Alexis Bordes, 2013, citée p. 32, reprod. p. 36 ; cat. exp. Nantes, 2019, citée p. 218 et repr. p. 219 ; cat. exp. Montpellier (Jean Ranc), 2020, fig.4 citée et repr. p. 76 ; cat. exp. Perpignan, 2021, p. 92 et repr. p. 93 ; Stéphan Perreau, « De de Troy à Rigaud et de Rigaud à Gamelin, n'y a-t-il qu'un pas ? », 18 novembre 2020, en ligne, https://hyacinthe-rigaud.over-blog.com/2020/08/de-de-troy-e-rigaud-et-de-rigaud-a-gamelin-n-y-a-t-il-qu-un-pas.html ; Le décolleté féminin dans les portraits à l'époque de Louis XIV : un détail signifiant, Lebot, Lilith, Lamouche, Emmanuel, Directeur de la recherche, Nantes : Université de Nantes, UFR d'histoire, d'histoire de l'art et d'archéologie, 2022, cat.64 repr. 222 et citée 223.

Expositions :

Paris: Hiver 1990, Galerie Jean-François et Philippe Heim, en collaboration avec Patrick Weiller, Paris(2e), 04 décembre 1990-01 mars 1991 (comme Rigaud) ; Visages du grand siècle: le portrait français sous le règne de Louis XIV (1660-1715), Nantes, Musée des Beaux-Arts, juin 1997/ Toulouse, Musée des Augustins,janvier 1998. n°106, juin 1997-janvier 1998 (comme Rigaud) ; Florilège de l'Ouest de la France, Niigata (Japon), Niigata City Art Museum, 29 mai 2002-28 juillet 2002 ; Musée nomade 3 (Interférences), Nantes (France), Le Temple du goût, 3 juillet 2015-30 août 2015 ; Éloge de la sensibilité, Peintures françaises du XVIIIe siècle dans les collections de Bretagne : Nantes (France), Musée d'arts de Nantes, 14 février 2019-13 mai 2019 ; Portraits en majesté : François de Troy, Hyacinthe Rigaud, Nicolas de Largillière, Perpignan (France), Musée d'art Hyacinthe Rigaud, 26 juin 2021-07 novembre 2021 (comme François de Troy).

 

Descriptif :

Longtemps attribué à Hyacinthe Rigaud par tradition (et avant son acquisition par le musée de Nantes), cet imporsant double portrait fut ensuite curiseuement redonné à François de Troy et, très récemment, proposé comme une possible œuvre de jeunesse de Jean Ranc. Ces aternoiements — qui ne lassent pas d'étonner — semblent hérités du trouble que la composition émet si on la compare avec une autre en pendant de laquelle elle était jadis conservée en mains privées. Toutes deux, en effet, passaient pour des portraits de membres de la famille de Montginot mais présentaient des factures somme toute différentes. Si elles suivaient toutes deux le principe du « tableau dans le tableau », moyen pour le peintre de représenter soit le souvenir d'un défunt soit celui plus économique d'un second portrait en buste dans un gand demi-format, étaient-elles toutes deux de la main de Rigaud ? La plus ancienne dans la chronologie, celle de Monsieur de Montginot tenant le portrait de son épouse, semblait bien correspondre par son style, ses drapés et le style des perruques, à l'item répertorié par l'artiste dans ses comptes à la date de 1688. La seconde, celle acquise par Nantes, présentait une tout autre facture, plus lissée, plus affirmée, peinte au mi-temps du nouveau siècle. Mais qui représentait-elle alors ? Un autre membre de la famille ? Des parents du jeune Montginot ? Difficile d'être affirmatif. À tout le moins, refusa-t-on sous des prétextes curieux, la paternité à Rigaud. La proposition comme œuvre de François de Troy (au métier cependant bien différent de Rigaud) prétexta que François de Troy avait probablement voulu ici « pasticher » Rigaud afin d’homogénéiser, à l’intérieur de sa composition, la reproduction de l’ovale encadré de Monsieur de Montginot créé par son collègue et ami. Si l’hypothèse était séduisante, elle n’en demeurait pas moins farfelue, à si haut degré de mimétisme. La copie entre artistes n’était certes pas nouvelle — qu’elle soit réalisée d’après les grands maîtres flamands ou italiens, ou d’élève à professeur — mais on n’avait jamais eu l’exemple, dans le cadre d’une pure création, d’un peintre abandonnant son propre style pour celui d’un confrère auprès duquel il n’avait pas été formé. D’aucun ont alors dit : si François de Troy est réellement devenu l'espace d'un instant un second Rigaud, ne peut-on pas imaginer que Jean-Baptiste Oudry ait fait du Monnoyer ? que Gobert ait imité Largillierre ou que Perronneau ait donné l’illusion de La Tour ? Si la pose de Madame de Montginot pouvait également faire penser à certaines productions du catalogue de François de Troy, ce dernier n’en avait pourtant pas l’apanage dans le cercle des portraitistes du Grand Siècle, beaucoup mieux représenté en matière de récurrence par Hyacinthe Rigaud ou Largillierre. 

La grandiloquence de la pose, ici, qui met en scène le modèle à la manière d’un photographe de mode ou d’un décorateur, ne laisse place à aucune liberté par trop excessive. Tout est structuré, dompté, maîtrisé. Le grand rideau, d’un rouge incarnat, avec ses galons et revers de soie de même traité en colori cogianti teintés de verts, habite le fond de la scène comme un théâtre et s’appuie, en négligé, sur le cadre du tableau ovale qu’il habille. Dans l’œuvre nantaise, la rigueur des modelés, la science de l’architecture générale, le fondu extrême des carnations, les couleurs brossées en larges aplats suivant les lignes rigoureuses des tissus.... La perfection du contour des traits du visage, le travail tout en épaisseur des blancs, cette humeur blanche aux coins des yeux et l’absence de concession sur la vieillesse de cette femme presque hautainement élégante et fascinante… tout Rigaud est là. Le fauteuil enfin, s’avère selon nous un élément des plus déterminants en faveur d'une ré-attribution. Ses accotoirs en crosse et bec de corbin, décorés sur le devant d’une simple feuille d’acanthe remontant sur la volute et prenant appui sur des montants incurvés feuillagés de même, évoquent avec une extrême précision ceux que l’on avait vu dans des productions du Catalan autour de 1700, comme le portrait de Jean-Baptiste Colbert (1696) ou celui présumé de Jean Phélypeaux de Pontchartrain (v. 1700). Par la suite, Rigaud leur préférera d'autres boiseries plus complexes et plus à la mode. On trouve aussi chez de Troy un mobilier voisin, à haut dossier de velours, galonné ou non, mais ses sculptures et des rinceaux sont souvent bien différents comme dans le portrait présumé de la baronne de La Rivoire et celui du pétulant ministre Charles Le Blanc (cités plus haut). Tous deux nous transportent dans un univers plus poétique, plus doucereux dans la touche, plus délicat dans les gestes, plus tendre dans les faces et, dans tous les cas, aux antipodes de l’aspect parfois contraint mais extraordinairement brillant du dessin d'Hyacinthe Rigaud.

Quant à la proposition comme œuvre de Jean Ranc, proposée par Dominique Brème à l'occasion de l'exposition Perpignanaise de 2022, elle nous semble pas plus convaincante que celle de De Troy. L'argument tiendrait à « un esprit jeune et scolaire porté à l'application » de Ranc et à la palette du tableau Nantais qui « dans son ensemble » valoriseraient le brun, le jaune et le rouge orangé et rappellait « en effet celle de Ranc ». La cause aussi en serait « la linéarité accusée du dessin et le métier glacé du pinceau » du Montpelliérain que l'on retrouverai ici. Gageons heureusement que ces antiques poncifs sur l'art l'artiste — que l'on croyait définitivement enterrés — n'auront pas suffit pour que le portrait ne soit autrement présenté dans le catalogue de l'exposition que comme une bien pratique « École française »...

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Autoportrait de Hyacinthe Rigaud. Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud / Ville de Perpignan © Pascale Marchesan / Service photo ville de Perpignan